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Le nouveau pas en avant de la médecine régénérative

Une équipe américaine de chercheurs a découvert que les cellules saines peuvent cerner et expulser les cellules cancéreuses. Un mécanisme qui ouvre une perspective de plus à la thérapie cellulaire déjà très novatrice.

Les capacités régénératives des cellules continuent d’étonner la médecine. En août dernier, la revue scientifique américaine Nature a publié les travaux de Samara Brown de la Yale School of medecine à New Haven dans le Connecticut. Son équipe a découvert un mécanisme de défense cellulaire inné : les cellules saines de la peau sont capables de détecter, d’entourer et d’éliminer des cellules malades. Elles agissent comme une police cellulaire : elles n’attendent pas l’invasion de cellules cancéreuses mais corrigent les défauts créés par leurs voisines mutantes. Ce processus, jusqu’ici inconnu, préviendrait le déclenchement de tumeurs cancéreuses. La médecine régénérative a peut-être trouvé un nouveau champ de développement.

Depuis des d’années, les découvertes en thérapie cellulaire se multiplient et ouvrent de nouveaux horizons à une médecine en plein bouleversement. Les médecins et chercheurs décrivent même un avenir où chacun aura, dans une banque médicale, une réserve de cellules souches porteuses de son patrimoine génétique qu’il utilisera pour se soigner : reconstituer des tissus abîmés, guérir d’une maladie dégénérative, greffer un organe neuf sans risque de rejet. Voici le potentiel de la médecine régénérative qui n’en est pourtant qu’à ses prémices.

Le potentiel des cellules souches

Toutes les cellules du corps vivent et meurent. Elles sont remplacées au cours d’un cycle qui est, par exemple, de 28 jours pour les cellules cutanées ou de 120 jours pour les cellules sanguines. Ce sont les cellules souches qui produisent des cellules spécialisées neuves. Elles permettent au corps de grandir et de se régénérer. La médecine s’est très tôt intéressée à ces cellules dites multipotentes : contrôler leur multiplication et leur action permettrait de réparer des lésions voire de recréer des organes abîmés.

Les premières greffes de moelle osseuse, siège des cellules souches sanguines productrices des cellules sanguines spécialisées (globules blancs, rouges, plaquettes), sont tentées dès la fin des années 1950. Dans les années 1970, des cellules souches cutanées cultivées en laboratoire sont utilisées pour greffer des grands brûlés. A la fin des années 1980, le sang placentaire, riche en cellules souches, devient la clé de la thérapie cellulaire : injecté à des malades souffrant d’une moelle osseuse déficiente, il leur permet de produire des cellules sanguines saines.

Inversion du cours de la vie

Puis la médecine s’est intéressée aux cellules souches embryonnaires. Issues de la fusion d’un spermatozoïde et d’un ovule, ces cellules sont dites totipotentes : elles donnent naissance à un organisme tout entier donc à n’importe quelle cellule spécialisée du corps. Mais leur exploitation détruit un embryon donc une possible vie humaine. Elle pose donc des problèmes éthiques. Elle est maintenant encadrée voire interdite dans certains pays.

La découverte du professeur Shinya Yamanaka en 2006 donne un puissant coup d’accélérateur à la médecine régénérative. Le médecin japonais met au point une méthode qui transforme une cellule spécialisée en cellule souche, au potentiel proche des cellules embryonnaires. Cette découverte, qui inverse le processus de vie d’une cellule, lui vaut le prix Nobel de médecine en 2012. Avec ces cellules souches pluripotentes induites (IPS), toutes les applications médicales semblent possibles : soigner diabète ou parkinson, produire en laboratoire un organe neuf, réparer un cerveau abîmé, traiter une fracture, guérir la cécité. Les cellules IPS rendent possible la production, dans des conditions industrielles et pharmaceutiques, des cellules dont tous les malades auraient besoin. Aujourd’hui, plus de 350 essais cliniques de thérapie cellulaire sont en cours dans le monde. La biotech, s’installe comme un nouvelle industrie médicale.

Un processus de régénération naturel

Mais les cellules IPS ont un défaut : elles sont porteuses d’une instabilité chromosomique. Obtenues par manipulation génétique, elles restent des organismes génétiquement modifiés. Les médecins les cultivent en laboratoires et sont obligés de les trier pour ne conserver que les cellules viables. Celles qui mutent sont éliminées. Les autres, sont greffées ou injectées à des patients dans le cadre d’essais cliniques. Sans garantie complète qu’elles ne muteront pas en cancer. La médecine régénérative n’en est qu’à ses débuts et manque encore d’études sur le long terme.

Dans ces conditions la découverte inédite de l’équipe de Samara Brown paraît plus sûre : ici, le processus de régénération cellulaire est naturel. Les auteurs de l’étude ont observé le phénomène sur des souris chez lesquelles des cellules souches folliculaires portent un gène mutant qui accroît la prolifération de tumeurs cancéreuses. L’équipe de chercheurs a utilisé une nouvelle technologie d’imagerie par fluorescence pour démontrer que les cellules folliculaires saines des souris reconnaissent et éliminent les cellules malades. Elles nettoient même le désordre des cellules mutantes afin de garder le tissu sain et fonctionnel. Mais il reste des questions : on ne sait pas comment les cellules saines détectent leurs voisines, si ce mécanisme d’auto-protection fonctionne sur d’autres organes que la peau, et pourquoi il ne fonctionne pas toujours et laisse des cancers apparaître. Mais cette remarquable découverte apporte d’ores et déjà au monde médical une meilleure compréhension des mutations cellulaires et de leur contrôle.